Les contes et les légendes du territoire ALCOTRA

Jeunes
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publié le 22.07.2026

Les contes et les légendes du territoire ALCOTRA

Après nous avoir fait découvrir la région frontalière franco-italienne à travers l'architecture, les fêtes du littoral et les histoires de femmes exceptionnelles, dans ce septième épisode estival de la rubrique photographique « Voyagez avec le Conseil des jeunes ALCOTRA : histoires et clichés depuis les territoires frontaliers », le Conseil des jeunes nous emmène à la découverte de la zone ALCOTRA à travers les légendes et les récits qui l'ont façonnée. 

Le Dahu : l'adaptation mythique aux pentes alpines (Vallée d'Aoste)

Parmi les figures les plus étonnantes du folklore valdôtain – et plus largement de tout l'arc alpin – se distingue le Dahu, un animal légendaire dont la principale caractéristique est l'asymétrie de ses pattes : celles d'un côté du corps sont nettement plus courtes que celles de l'autre.

Selon la tradition populaire, cette étrange particularité anatomique lui permet de se déplacer aisément sur les pentes abruptes des montagnes, mais uniquement dans un seul sens, soit dans le sens des aiguilles d'une montre, soit dans le sens inverse, selon les espèces. Le Dahu est devenu une métaphore de l'imaginaire montagnard, illustrant avec humour les extraordinaires capacités d'adaptation qu'exige la vie en haute montagne.

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La Tour Tornalla d'Oyace : entre justice et protection (Vallée d'Aoste)

Située dans le Valpelline, la célèbre Tour Tornalla d'Oyace est au cœur de deux traditions populaires oscillant entre le drame historique et le conte merveilleux.

La version dramatique (Le Saut de la Betenda)
La tradition locale raconte qu'un seigneur cruel, aveuglé par la jalousie en voyant deux jeunes prétendants courtiser la belle châtelaine, se lança à leur poursuite pour les punir. Leur fuite s'interrompit brutalement au bord des gorges du torrent Buthier. L'un des deux fut capturé, recouvert de sel puis livré aux bêtes sauvages. L'autre, nommé Béteind, réussit un saut prodigieux au-dessus du ravin et parvint à s'échapper. Cet exploit aurait donné son nom au lieu aujourd'hui connu sous le nom de Saut du Buthier ou Pont de la Betenda.

La version bienveillante
Une autre tradition, plus proche du conte populaire, présente le personnage associé à la tour non pas comme un tyran, mais comme un être bienveillant : un gnome ou un berger protecteur. Celui-ci veillait sur les troupeaux, surveillait les sentiers de montagne et venait en aide aux habitants de la vallée lorsqu'ils étaient en difficulté.

La région de Coni : le mont Bisalta et le pacte avec le diable (Province de Coni)

La forme si particulière du mont Bisalta, situé entre la vallée Colla et la vallée Pesio, trouve son explication dans une légende mêlant ivresse et intervention diabolique.

On raconte qu'un paysan nommé Toni, après avoir trop bu de vin, s'emporta contre la montagne, qu'il jugeait trop haute et responsable de cacher la lumière de la lune. Le diable saisit alors cette occasion pour intervenir : il découpa littéralement le sommet de la montagne à l'aide d'une immense scie afin de satisfaire le paysan. Depuis lors, le mont Bisalta présente ses deux pointes caractéristiques, qui façonnent encore aujourd'hui son profil si reconnaissable.

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La région de Turin : les sorcières et le trésor du Rocciamelone (Province de Turin)

Le Rocciamelone, imposant sommet de la vallée de Suse accessible historiquement depuis la commune de Mompantero, occupe depuis toujours une place privilégiée à la frontière entre le sacré et le profane. Bien avant de devenir un important lieu de pèlerinage chrétien, cette montagne était considérée comme un lieu mystérieux et inaccessible.

La légende la plus célèbre raconte que son sommet était la demeure du démon, gardien d'un fabuleux trésor accumulé par un ancien roi lépreux nommé Romuleio. Le folklore local mettait les voyageurs en garde : quiconque tentait de franchir les limites de la montagne ou de s'emparer de ce trésor provoquait la colère du démon, qui déchaînait de violentes tempêtes de neige et de soudaines bourrasques afin de protéger ce lieu sacré.

La chèvre d’or dite la Cabro d’or (Hautes Alpes – Alpes Maritimes)

Depuis des siècles, on raconte qu’une chèvre vêtue d’or parcoure sans relâche les collines de la Provence. Elle serait la mystique gardienne d’un trésor fabuleux, enfoui là par un chef Sarrasin avant son départ, ou par les habitants d’un village disparu fuyant l’invasion, au gré des versions. Cette légende remonte au début du moyen âge lorsque les invasions Maures étaient monnaie courante sur la côte d’Azur. Beaucoup ont creusé les ruines des bastides, ont fouillé les grottes, où la bête a été aperçue sans jamais dénicher le moindre signe du trésor. La Cabro d’or nous rappelle que ce qui est précieux n’est bien souvent pas matériel.

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La fée Lavandula (Provence)

Il était une fois, dans la garrigue argileuse et sèche de Provence, une fée nommée Lavandula qui veillait sur les bergers et leurs troupeaux. Elle était plus petite qu’un pouce, blonde aux yeux d’un bleu unique. Confronté à un été de sécheresse terrible, affaiblissant hommes et bêtes, Lavandula fut prise d’une grande tristesse. Elle survola ces terres arides et se mis à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Chaque goutte se transformait en un bouquet de fleur mauve au contact du sol aride. Elle laissa également des trainées d’un bleu magnifique dans le ciel lui donnant sa couleur azur éternelle. Celle-ci rappelle quotidiennement la présence de la fée protectrice qui de ses larmes a embaumé la contrée provençale. 

Les pénitents des Mées (Alpes-de-Haute-Provence)

Sur la route de Digne, une étrange procession rocheuse semble figée dans une marche éternelle. La légende raconte qu’au retour des croisades, des moines de la montagne de Lure furent frappés d’un amour interdit pour de belles captives sarrasines ramenées par les seigneurs de la région. Pour avoir cédé à ce péché de convoitise, Saint Donat les aurait pétrifiés, leurs capuches rabattues sur leurs visages. Ils sont ainsi condamnés à contempler pour l’éternité, immobiles, les femmes qu’ils ont désirées. Aujourd’hui encore, la procession de rochers semble avancer immuablement vers un pardon qui ne viendra jamais. 

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Les aiguilles d’Arves : la montagne splendide (Savoie)

Quiconque s’approche des fameux trois pics, dressées comme les gardiens de la Maurienne, comprend qu’ils racontent l’histoire d’une vallée dépassant leur simple aspect géologique. Comme l’histoire de la vallée et ancienne, les mythes et légendes qui entourent ce triptyque sont nombreux. Certains racontent qu’un géant furieux planta ses armes en ce lieu, d’autres avertissent que ce sont trois frères géants qui ont été punis pour avoir défié le ciel en essayant de toucher les étoiles avec leurs armes. Une autre version décrit trois jeunes filles pétrifiées pour avoir défié la montagne. Ce massif particulier et immédiatement reconnaissable invite à la contemplation des montagnes et à une certaine humilité face à ces espaces. 

L’edelweiss (Haute-Savoie)

Au sommet des Alpes, où reposent les neiges éternelles, est née l’edelweiss. Ce n’est autre qu’une étoile qui, éprise de la terre, se rapprocha au point de tomber dans les sommets alpins. Au contact de la surface gelée elle se transforma en une fleur blanche et duveteuse, capable de résister et de fleurir en ces lieux reculés et inhospitaliers. Dans les Alpes, elle est devenue le symbole de l’amour et une preuve de courage. Les amoureux risquant autrefois leurs vies dans les pentes abruptes pour cueillir et offrir un bouquet à la personne aimée.

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Grâce à cet épisode, le Conseil des jeunes a pu contribuer à pérenniser des contes et des légendes souvent transmis oralement, qui, avec le temps, s’estompent et risquent de tomber dans l’oubli. Le Conseil poursuivra cette démarche également grâce à la collaboration avec le microprojet TRESOR, ayant récemment obtenu le Label « ALCOTRA Jeunes », qui vise à mettre en place une bibliothèque numérique franco‑italienne de récits et de légendes du territoire.